Confinement, jour 6

Essentiellement, ma colère.

Je le dis rarement, hein, car je suis bourgeois.

Mais sérieux, j'ai envie de crier ACAB

pourquoi ? Parce qu'ils sont pires que d'habitude ? Même pas, juste parce que les gens en ce moment trouvent normal qu'une femme se fasse humiliée publiquement par des keuf et humiliée en vidéo sur les réseaux sociaux parce qu'elle est allée acheter plusieurs bouteilles de coca. Parce qu'on trouve normal de laisser le pouvoir à des flics avec le QI d'une truite de décider si on a raison de sortir ou pas. On sait ce que ça va donner pour des gens qui, par exemple, parlent un français hasardeux, ou ne correspondent pas aux standards de blanchité exigés.

Alors même si je me mouille rarement à dire ACAB j'ai envie de le hurler en ce moment parce que j'ai l'impression que tout le monde trouve normal qu'aujourd'hui les flics aient un pouvoir plus absolu que jamais, sans limite, et ça m'effraie. Le pouvoir ne m'effraie pas. Les flics ne m'effraient pas. L'acceptation, par contre, me terrorise.

Oui on est en période de confinement NÉCESSAIRE mais est-ce une raison pour, d'un coup, retourner sa veste ? Qu'est-ce qu'on peut faire ? Je ne sais pas, mais ce que je sais c'est qu'on ne peut pas accepter ça. Déjà le coup de la déclaration écrite sur l'honneur. Pensée à ma grand mère qui ne sait ni lire ni écrire, si elle n'avait pas d'enfant on devrait la laisser crever ?

RIEN ne va en ce moment, rien du tout, j'avoue que je suis en panique totale car je vois tellement de cas où la manière de faire aujourd'hui est une connerie, une vaste connerie. À la rigueur si c'était pour la protection ils enverraient des gens vérifier qu'on n'ait besoin de rien, mais non, on est dans la répression, répression et la honte, l'affichage public, la ridiculisation d'une femme sans doute tout aussi perdue que nous qui est allée chercher des bouteilles de coca, qu'elle estimait peut-être comme un bien nécessaire.

Pensée aussi à toutes celles et ceux qui n'ont pas notre capacité à s'informer, à appréhender l'information.

Le pouvoir assassine, quand il n'écoutait pas les revendications des soignants. Pas cette femme qui va chercher trois bouteilles de coca alors qu'on nous dit qu'aller travailler, prendre les transports et côtoyer ses collègues n'a rien de dangereux.

Mais oui, restez chez vous mais n'oubliez pas d'aller travailler et prendre les transports quand même surtout si vous êtes précaires, vous êtes sacrifiable pour que Patrick, cadre en télétravail puisse recevoir sa pizza dans son appart.

Dormez sereinement en vous rappelant qu'aujourd'hui c'est aux flics qui vous tapaient hier de décider si vous avez ou non le droit de sortir de chez vous.