Confinement, jour 24

Parfois, je guette si j'ai le goût des choses.

On dit qu'avec le virus, la première chose que l'on perd, c'est le goût et l'odorat Alors je sens.

Je me demande comment sera le mois prochain. Et celui d'après. Celui d'encore après. J'avais déjà peur hier.

Là j'ai plus ou moins quitté certains réseaux sociaux. Besoin d'air, cruellement. Besoin de souffler, m'éloigner du tumulte, j'ai peur.

Hier est si lointain. Mes préoccupation du mois dernier me semblent tellement éloignées de ma réalité d'aujourd'hui. Le vacarme de la réforme des retraites, le ridicule pet de mouche de l'affaire Griveau, c'était il y a un siècle.

Je peine à réunir mes pensées J'ai de la difficulté à écrire sur l'instant présent. Je n'ai pas le moindre recul sur ce que l'ont vit. Je bosse, presque comme d'habitude, si ce n'est que le soir je suis crevé. Bien plus qu'avant. À 23h, parfois avant, mes yeux se ferment. J'ai pourtant arrêté mon médicament. Le matin, j'ai plus de difficulté à me lever. Je pense que la situation est fatigante, alors que mon métier ne change guère. Que dire pour les soignants ? Ceux que l'état appelle héros, ceux qui se pensent en silence comme de la chair à canon ? Je ne sais pas quel avenir se profile mais je suis pessimiste. La situation était déjà loin d'être rose pour tout le monde. Le plus dur en ce moment, c'est cette incertitude. Je sais que bien des gens la vivaient déjà au quotidien, et j'avais dans ma tête toujours cette idée que rien n'est éternel, qu'en somme la vie reste précaire. Mais c'était une idée, lointaine. Je ne me sentais pas directement concerné car ma situation est bonne. Elle l'est toujours, et je pense qu'elle se dégradera moins rapidement que pour les autres. Cependant j'ai peur. J'avais peur hier, quand je voyais s'éloigner de plus en plus mes idéaux, aux profits d'une idéologie qui me révolte. Mais là, qu'en est-il ? Là, tout va s'effondrer de plus belle, et je crains m'être trompé sur le temps que mettrait le monde à m'échapper. Ce n'est plus qu'une affaire de mois. Je pensais qu'on pouvait le tordre à notre manière, le ramener dans le gauche chemin, je crains demain. Je crains qu'à nos portes sonne un régime fasciste, sous son acception la plus rigoureuse. Je crains que la réponse à nos morts soit l'ordre, la matraque, et le musellement.