Confinement, jour 3

Troisième jour de confinement, quelques pensées, ma déconnexion du quotidien et mes craintes

Je n'ai pas grand-chose à raconter, en vérité. Pour l'instant, pour moi, en télétravail, ces jours ressemblent aux autres. L'inquiétude en plus. J'écris un roman de SF racontant un premier contact et l'aspect irréel et déconnecté du quotidien qu'on lui demande d'assurer. Un événement mondial, le monde entier qui retient son souffle, et le côté business as usual à des années lumières de ce qu'il se passe. Voilà, c'est ce que je vis. On ne connaît pas l'impact des événements actuels mais on sait que c'est une période charnière. Alors on attend, on n'agit peu pour l'instant.

Bien sûr, on voit émerger certaines vérités. Celles qu'on crie depuis des années. Le service de santé, toujours à la limite du burn-out, incapable d'encaisser une grippe trop virulente, le voilà face au pire, une pandémie bien plus grave. Les experts n'ont eu de cesse de l'alerter. Déjà un an que nos soignants manifestent non pas pour réclamer des hausses de salaire mais de meilleures conditions de travail. Ils se sont fait mépriser par l'état, tabasser par la police, et voilà où nous en sommes aujourd'hui. Je ne vous apprends rien. J'ai une grande rage à la hauteur de ma peur et de ma peine. Mais le problème est plus vaste, plus ancré. On se risque à pointer du doigt le capitalisme, mais le mot reste rarement prononcé. Pudeur. Pudeur.

Vivons-nous le début d'un effondrement brutal ? Je faisais parti de ceux qui lisaient à propos de l'effondrement avec un peu de méfiance, mais d'intérêt quand même. En vrai, je le craignais et j'avais peur que montrer de l'intérêt signifiait l'apprécier. Un peu comme s'il s'agissait d'une aventure. J'avais parfois l'impression que certains militants attendaient cet effondrement, excités, et bien contents d'être prêts.

Ce serait égoïste. Les plus faibles, les plus pauvres, les malades prendront un effondrement très violemment dans la tronche, ce n'est pas savoir s'occuper de leur jardin qui les sauvera.

Les jours que nous vivons ressemblent par moment à une aventure, de l'extérieur. Allez, demain ça sera fini. Mais on sait pourtant, on se rend compte que ça n'a rien d'un jeu. Déjà, je crois ne jamais avoir été aussi stressé que ces derniers jours. J'en ai pleuré, Samedi, face au dilemme du "dois-je rentrer". Et aujourd'hui, je retiens quelques crises de panique. Je n'ai de cesse de me demander si j'oublie des gens, si certains sont seuls. J'aurais fait quoi, dans mon appartement, si j'étais resté ? J'aurais pété un câble. Je tiens à vous le dire, je pense à vous, du fond du cœur. Ce n'est pas un isolement de quelques jours, semaines, qui pose un problème véritable, non. On pourrait le vivre. Mais c'est l'anxiété qui règne autour.

Ça n'a rien d'une aventure. Rien du tout. Déjà les plus faibles paient le prix fort, même dans nos pays.

Alors pour l'instant, on retient son souffle.

Aujourd'hui, j'ai mangé dehors. Au soleil. Sous un ciel d'un bleu presque parfait. On a croisé nos voisins, de loin. La petite inventait un nouveau langage des signes avec sa sœur. J'ai travaillé. J'ai joué avec mon chat, j'ai fait un peu de piano. On pourrais presque croire que tout va bien. Si ce n'est ce qui plane, sans cesse dans ma tête. Je me demande ce que j'en penserai plus tard. Demain. La semaine prochaine. Le mois prochain. L'an prochain. Dans dix ans.